En Haute-Savoie, le Mont-Blanc fond mais on construit plus de routes

Par Célia Fontaine

Article publié initialement en janvier 2020

Alors que le réchauffement climatique menace gravement les Alpes, le Département de Haute-Savoie se targue d’investir toujours plus d’argent… dans la construction de nouvelles routes. Autopsie d’un profond malaise généralisé à toute la France, mais très visible ici.

Six fois par an, les habitants de Haute-Savoie reçoivent dans leur boîte aux lettres un magazine sobrement intitulé Haute-Savoie magazine, rendant compte de l’actualité du département. 

Le numéro de janvier/février 2020 met l’accent sur les sommes investies par le Département « pour aménager le territoire en équipements ». Plus de 300 millions qui seront investis cette année, ce n’est pas négligeable. 

Tout pour les routes…quid de la nature?

Mais à regarder de plus près ces chiffres, on peut s’étonner du grand écart existant entre les sommes allouées aux infrastructures routières (132 millions d’euros pour de nouvelles routes et autant de voitures qui les emprunteront) et celles destinées à l’environnement/développement durable (16 millions d’euros seulement !).

Le Président du Conseil départemental de Haute Savoie Christian Monteil et son équipe (LR) ne semblent pas particulièrement émus voire concernés par la situation dramatique que connaît les Alpes et son majestueux symbole le Mont-Blanc… vu que pas une seule ligne n’est consacrée au sujet dans le magazine.

Pour rappel, en montagne, le réchauffement climatique est encore plus important qu’ailleurs, car la hausse des températures induit une réduction des zones couvertes de glace ou de neige qui réfléchissent les rayons du soleil, alors remplacées par des zones de roches sombres qui au contraire accumulent la chaleur.

Le Mont-Blanc en péril

Les Alpes sont particulièrement vulnérables, car l’accroissement des températures annuelles de 2°C au cours du 20ème siècle est deux fois plus important qu’à l’échelle de l’hémisphère nord, ou même qu’à l’échelle de la France (+1,4°). Ce réchauffement observé depuis le début de l’ère industrielle s’accentue depuis les années 1980 avec actuellement une augmentation des températures de 0,5°C par décennie. 

Les conséquences des changements de température et des variations des précipitations sont déjà bien visibles en montagne : retrait marqué des glaciers, réduction de l’enneigement à moyenne altitude, remontée en altitude du permafrost et déficit en eau des sols plus fréquent.

Sur le massif du Mont-Blanc, de nombreux effondrements ont eut lieu l’été dernier, et la Mer de Glace ne cesse de se contracter au fil des années. Résultat, un glacier situé sur le versant sud du sommet des Grandes Jorasses, glissant à une vitesse de 50 à 60 cm par jour, risque de s’effondrer. Le glacier de Planpincieux a une altitude variant de 2 345 m à 3 660 m et environ 250 000 mètres cubes de glace risquent de se détacher du glacier…

Un étude publiée en mars 2019 dans la revue Nature Scientific Report montre clairement une forte tendance à la baisse du nombre de jours de gel durant le XXIe siècle sur le massif du Mont-Blanc. 

Qu’est-ce cela implique? 

En hiver, l’impact le plus important se situerait dans les vallées où l’on verrait une diminution des jours de gel de 30 % par rapport à aujourd’hui. Il resterait très prononcé jusqu’à 3 000 mètres, où la fréquence de dégel pourrait croître de 30 %.

Cela veut dire qu’il va falloir trouver d’autres loisirs que les sports d’hiver ! Car il risque de pleuvoir au lieu de neiger, il faudra donc monter toujours plus haut pour trouver des pentes sur lesquelles glisser… Ce qui n’est évidemment pas souhaitable pour cet environnement déjà fragilisé. En été, c’est la haute montagne qui serait la plus touchée : à des altitudes comprises entre 3 500 et 4 000 mètres, on pourrait alors avoir une diminution du nombre de jours de gel de 45 à 50 % par rapport à aujourd’hui.

Des évolutions similaires (35 à 40 % de jours sans gel en été) seraient aussi enregistrées sur le sommet du mont Blanc, à 4 810 m, alors que ce type d’événements reste rarissime à l’heure actuelle (le sommet a juste connu de brefs épisodes de dégel comme pendant l’épisode de canicule majeure durant l’été 2003). Ce qui reste actuellement une exception pourrait donc se répéter environ 1 jour sur 3 en fin de siècle.

Et pour les animaux?

Avec le réchauffement climatique, les animaux habitués à la montagne cherchent la fraîcheur en grimpant un peu plus vers les sommets. On observe ces dernières décennies une montée en altitude de la plupart des espèces, de 30 à 100 m par décade. Chez les plantes forestières une remontée d’environ 30m a été observée dans les Alpes au cours du 20ème siècle. De manière générale, les espèces adaptées aux conditions plus chaudes et venant de plus basse altitude gagneront du terrain contre les espèces alpines adaptées à des conditions froides mais mauvaises compétitrices.

Mais monter en altitude implique une perte de surface disponible étant donné la forme « en pointe » des montagnes. Ceci impliquera une perte de 70% de la surface disponible et donc une raréfaction des espèces qui affectionnent les conditions extrêmes.

Investir pour la montagne et pas contre elle

385.000 exemplaires de ce magazine sont distribués à chaque parution, et donc autant de lecteurs seraient sans doute intéressés par l’avenir de leur montagne. Plutôt que d’investir dans des routes polluantes, qui ne feront qu’amplifier les émissions de CO2, et donc accélérer le réchauffement climatique, ne serait-il pas plus judicieux d’investir massivement dans la protection de nos montagnes, en sanctuarisant le plus possible ces zones remarquables ?

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