« Femmes, c’est vous qui tenez entre vos mains le salut du monde » écrivait Tolstoï. On ne peut que donner raison au grand auteur russe lorsque l’on achève le visionnage de la nouvelle série Icon of French cinema, de l’actrice et réalisatrice Judith Godrèche, disponible et diffusée sur Arte depuis quelques jours. Une série qui fait visiblement un carton en ayant dépassé le million de vues, un succès largement mérité.
Personnellement, j’avais largement sous-estimé Judith Godrèche, plus entraperçue que réellement vue, dans des films comme L’Auberge espagnole, L’homme au Masque de fer ou encore Potiche. Avec cette mini-série de 6 épisodes, on ne peut désormais que voir et apprécier l’immense talent de l’actrice et réalisatrice, qui vient en plus à point nommé, avec finesse et autodérision, balancer un grand coup de pied dans la fourmilière. A l’heure des tribunes et contre tribunes sur Gérard Depardieu, et tandis que le Président Emmanuel Macron himself a choisi piteusement le camp de la réaction, Icon of French cinema vient en effet remettre à leur place tous les vieux cons et leurs piteuses alliées du cinéma français.
Très largement inspirée de la vie réelle de Judith Godrèche, qui fut à 14 ans enlevée de sa famille et sous l’emprise d’un réalisateur de plus de 30 ans son aîné, la série vient avec humour et délicatesse dépeindre les mœurs d’un milieu dans lequel le glamour, les paillettes et la célébrité viennent souvent masquer des pratiques perverses, dominations et abus de pouvoir sur le corps des femmes trop longtemps niés.
Tout au long des six épisodes, on suit le retour à Paris de Judith Godrèche, après plusieurs années d’expériences hollywoodiennes, qui tente de retrouver un rôle d’actrice et se remémore en flashbacks impressionnistes ses premiers pas dans le milieu du cinéma, alors jeune adolescente de 14 ans arrachée à l’enfance pour finir entre les griffes d’un « grand réalisateur », qui se révèle plutôt un pervers narcissique à tendance pédophile. Néanmoins, on ne tombe jamais dans le pathos ou le réquisitoire avec Icon of French cinema. Par le biais de séquences mémorables chez sa psy, de dialogues endiablés dans la langue de Shakespeare avec Kristin, son agente artistique déjantée à souhait (jouée par l’excellente actrice britannique Liz Kingsman, découverte dans la série Parlement), ou encore dans la relation avec sa fille[1], jeune danseuse sous emprise de son chorégraphe plus âgé, qui vient rappeler en écho à sa mère sa propre histoire, Judith Godrèche donne une belle leçon au milieu du cinéma français. Elle ne règle pas ses comptes, elle démontre plutôt avec maestria comment se servir au mieux du cinéma pour faire œuvre de résilience pour elle-même tout en mettant utilement en garde les futures actrices. Et tout ça sans jamais se prendre au sérieux.
Depuis la sortie officielle de la série, Judith Godrèche a fini par nommer son ancien bourreau, le réalisateur césarisé Benoît Jacquot. Encore un dont il va être difficile de « séparer l’homme de l’artiste ». En tous les cas, un très grand bravo à Judith Godrèche et à toutes ses femmes qui ne se tairont plus face à ces « monstres » qui n’ont plus rien de sacré.
Série à voir et à revoir sur Arte.TV
Benjamin Joyeux
* Suite à l’affaire Depardieu, un collectif d’associations féministes appelle à des rassemblements devant les tribunaux et préfectures ce jeudi 11 janvier en fin de journée. A Annecy, rendez-vous à 18h30 devant le Palais de Justice.
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[1] Jouée par Tess Barthélémy, véritable fille de Judith Godrèche qu’elle a eue avec Maurice Barthélémy.
