Les vers c’est bénéfique !

Cela fait des années que je lis et que je suis l’écrivain Salman Rushdie qui pour moi reste un symbole du meilleur de ce que peut produire la mondialisation et l’échange planétaire des cultures. Auteur du génial Les enfants de minuit, que j’ai lu d’une traite dans un train en Inde il y a des années de cela, l’écrivain américano-britannique d’origine indienne, né en 1947, témoigne avec force et émotion dans son dernier livre, Le couteau, Réflexions suite à une tentative d’assassinat, de la terrible attaque dont il a été victime le 12 août 2022.

Ce jour-là, lors d’une conférence publique à Chautauqua, dans l’état de New York, Salman Rushdie a été violemment agressé de 12 coups de couteau par un jeune forcené de 24 ans, que l’auteur désigne sobrement par la lettre « A » dans son livre. Ce dernier cherchait visiblement à concrétiser la fatwa émise 30 ans plus tôt, le 14 février 1989, par l’ayatollah Khomeini à l’encontre de Rushdie à la suite de la parution de son livre Les Versets sataniques, considéré alors comme « blasphématoire » par les fous furieux qui dirigeaient et dirigent encore l’Iran.

Fort heureusement, A n’est pas arrivé à ses fins, même si l’écrivain garde de cette attaque de terribles séquelles, comme la perte de son œil droit et de graves lésions à la main. Dans Le couteau, en disséquant au scalpel son agression, l’auteur arrive à dépasser son propre cas personnel pour livrer un formidable plaidoyer sur la liberté d’expression, mais également sur la résilience et l’amour comme meilleures réponses à la haine, à la violence et au fanatisme.

Un peu comme le génial Philippe Lançon dans Le Lambeau avait réussi à le faire en 2018, décrivant avec maestria sa lente reconstruction après l’horrible attentat de Charlie Hebdo. Avec un registre bien à lui, Salman Rushdie tente de nous prouver que la création littéraire et la beauté ne peuvent pas s’éteindre face à la barbarie et que la plume est au final toujours plus forte que le glaive, ici un simple couteau.  

A l’heure où la propagande de l’extrême droite à l’échelle planétaire tend à faire croire que le « wokisme » et « l’islamo-gauchisme » gangréneraient la gauche et les milieux progressistes et que ces derniers seraient des alliés objectifs du terrorisme islamiste, Salman Rushdie, qui rappelle détester autant Donald Trump que tous les fanatiques religieux, quelle que soit leur obédience, nous donne une belle leçon d’universalisme et de non-violence face à l’obscurantisme. Car ce dernier a mille visages et se caractérise toujours par la haine et l’incompréhension de l’autre. Vous le retrouvez autant chez les actuels dirigeants iraniens que chez les croisés de TV Bolloré. Alors éteignez vos écrans et lisez ou relisez Les enfants de minuit, Shalimar le Clown, les Versets sataniques, ou encore le tout dernier conte mythologique (que j’attaque de ce pas dans la langue de Shakespeare, ou plutôt de Salman Rushdie), Victory City.

Salman Rushdie écrivait après les attentats de Charlie : « La religion, comme toutes les autres idées, doit faire l’objet de critique, de satire et, oui, mérite que nous lui manquions de respect sans avoir peur. » Cette liberté absolue a fini par lui coûter une main et un œil, mais pas son talent de conteur. Et c’est bien son œuvre que l’Histoire retiendra.

Benjamin Joyeux

Publié par Benjamin Joyeux

Journaliste indépendant

Laisser un commentaire